Les Argentins d’Odaclick Game Studio semblent bien décidés à affirmer leur personnalité en adaptant de grosses licences à la sauce Streets of Rage. Après Karate Kid: Street Rumble, ils viennent de remettre le couvert avec The Walking Dead Streets of Survival, un beat’em all qui rejoue en pixel art l’arc de la saison 8 de la série éponyme. Si les premières images avaient piqué notre curiosité avec ce style étonnant pour un jeu TWD, le soufflé est vite retombé manettes en main. Pourtant, on a le sentiment qu’il ne manquerait pas grand-chose pour redonner de la saveur à cette aventure post-apo que nous avons pu tester sur Nintendo Switch 2. C’est l’heure du verdict.

La guerre contre les Sauveurs se rejoue en 16 bits

Avec The Walking Dead Streets of Survival, Odaclick s’attaque donc à un monument du petit écran. Le studio a même choisi d’adapter un des arcs les plus iconiques de la série culte d’AMC : “All Out War”, soit la guerre contre les Sauveurs qui oppose le clan de Rick à celui de Negan. De la fuite d’Alexandria jusqu’au dénouement, on incarne tour à tour Rick, Michonne et Daryl pour revivre les grands événements de la saison 8. On croise au passage des figures emblématiques de cette ère, comme Simon et Jadis. On peut même débloquer l’antagoniste au bandana rouge comme personnage jouable une fois bouclés les 5 actes qui constituent cette aventure.

Puisque nous sommes dans un beat’em all, la narration n’est pas vraiment le cœur de l’expérience ici. The Walking Dead Streets of Survival s’appuie surtout sur les confrontations phares de la saison 8 de la série pour rythmer sa progression niveau par niveau. Alexandria, la décharge de Jadis ou le Sanctuaire deviennent la toile de fond de cette histoire bien connue. Tous les décors ne sont pas hyper reconnaissables, mais on fait vite le lien entre ce qui se passe et l’environnement dans lequel on évolue. Mine de rien, on a l’impression de revivre nous-mêmes cette grande guerre.

D’autant que chaque niveau renvoie à un épisode-clé de la saison 8. The Walking Dead Streets of Survival nous place alors dans la peau d’un héros spécifique, nous laissant rarement le choix. D’ordinaire, on préfère être libre de choisir dans ce genre de jeu. Mais là, le studio se doit d’assurer la cohérence avec la série, ce qui est bien plus logique comme ça. Et cette envie de rester fidèle à l’œuvre originale se retrouve tout autant dans la personnalité que dégage chacun des personnages jouables autant dans ses animations que dans l’arsenal à sa disposition, et ce, sans compromis. Comment ne pas sourire quand ni Michonne ni Negan n’acceptent de se séparer de leur arme fétiche quand on nous propose de ramasser une arme de mêlée ? Odaclick ne s’est pas contenté de coller un skin sur des sprites. L’équipe s’est assurée de préserver l’esprit de l’univers et de ses personnages, un détail qui ne peut que ravir les fans.

Ainsi, on traverse le jeu naturellement en 4 heures environ. Les complétistes pourront y passer un petit peu plus de temps puisqu’un quatrième personnage jouable se débloque après avoir complété l’histoire une fois. Disons que c’est au moins une excuse pour tester son gameplay et en profiter pour récupérer les collectibles cachés dans chaque niveau qu’on aurait manqué. Pour autant, il ne faut pas espérer de plus grande difficulté ou un quelconque système de scoring qui nous motiverait à nous dépasser. On ne trouve pas vraiment que ce Streets of Survival offre une rejouabilité intéressante, et moins encore s’il s’agit de rejouer pour profiter du gameplay.

The Walking Dead, un Streets of Rage-like, le punch en moins

Avec un tel titre, ce nouveau jeu The Walking Dead revendique évidemment l’héritage de Streets of Rage. Chaque mission correspond à un niveau avec des objectifs à remplir, dont certains optionnels quelques fois pour motiver l’exploration même si, à part des armes ou des remèdes, on n’a pas vraiment de grosse récompense à la clé. Mais qu’à cela ne tienne, on n’est pas là pour visiter les lieux mais pour botter le derrière à des ennemis par dizaines.

The Walking Dead Streets of Survival vous fait passer de mission en mission à travers une map.
© AUR pour Gameblog

Sauf que si les adversaires se dressent effectivement en nombre sur notre route, les terrasser n’a finalement rien de bien excitant dans ce The Walking Dead Streets of Survival. Lourds et lents, on réalise tout de suite que les combats vont finalement être une corvée. Ironique pour un beat’em all… Certes, les personnages ont bien leur spécificité, comme Michonne dont les coups ont plus d’amplitude grâce à son sabre, là où Rick est davantage au contact avec sa force brute. Mais les animations mettent du temps à se déclencher, ce qui anéantit toute réactivité. Même les coups les plus basiques manquent de punch. Alors pour exécuter des combos, ça devient compliqué. Et ne parlons pas de l’esquive, qu’il faut en permanence anticiper si on veut être efficace. On se demande tout bonnement où est passée la vivacité des Streets of Rage revendiquée.

Pourtant, il y a bien des idées qui se dégagent de ce The Walking Dead Streets of Survival. Le simple fait que les personnages jouables aient leur propre arme de prédilection avec le style de jeu qui va avec est intéressant. On dispose aussi d’un coup spécial qui se charge avec une jauge d’adrénaline. Odaclick a même essayé de varier un peu son bestiaire en déclinant plusieurs adversaires humains ou morts-vivants. Beaucoup se ressemblent, mais en même temps il faut faire avec ce que la série propose. Sans compter qu’on a aussi des boss à affronter, relevant un petit peu le niveau de challenge.

Michonne combat des rôdeurs dans The Walking Dead Streets of Survival.
© AUR pour Gameblog

Seulement, le jeu n’est pas calibré pour tirer profit de tout cela. La hitbox est particulièrement réduite, ce qui nous oblige à être bien aligné horizontalement avec un adversaire pour le toucher. Certes, c’est une contrainte, mais elle devient d’autant plus frustrante que l’IA, elle, peut nous toucher bien plus facilement. Alors si déjà on n’est pas soumis aux mêmes règles, ça n’aide pas. Et si on a le malheur d’être touché par un adversaire qui attaque à distance, il ne faut pas espérer riposter puisque la fenêtre d’esquive est trop réduite. Il manque un équilibrage général pour dynamiser le gameplay et retrouver ce sentiment intense dans l’enchaînement des combos qu’un beat’em all se doit de nous procurer. Là, il n’y a pas de rythme, pas de sens du timing et aucune agilité. On se retrouve avec un gameplay qui revêt une rigidité tout droit sortie des années 1990 et, malheureusement, ça tue tout le fun.

The Walking Dead passe bien en pixel art

Odaclick reste dans ce qu’il sait faire ici avec un jeu purement rétro dans son style. Le pixel art fait même plutôt son effet, avec des sprites qui rendent chaque héros immédiatement reconnaissable. On n’est pas dans la finesse et les couleurs éclatantes du dernier Streets of Rage, le rendu en mode docké pouvant même paraître un peu grossier, mais dans l’ensemble on est face à une production honnête.

Le studio a même pensé à glisser quelques Easter eggs çà et là, dans ses environnements ou à travers les collectibles. Et pour parler plus encore aux fans, même si le jeu n’est pas doublé, il a pensé à intégrer une ligne de dialogue issue de la série pour chaque personnage jouable lorsqu’on fait notre choix pour le niveau.

The Walking Dead Streets of Survival vous fait jouer Rick, Daryl et Michonne.
© AUR pour Gameblog

Cependant, ça reste la seule véritable attention sur le plan de l’audio. La bande-son de The Walking Dead Streets of Survival ne restera clairement pas dans les mémoires. Alors que la série AMC, ou même la série de jeux Telltale, avaient su rivaliser de thèmes marquants, Odaclick ne nous propose ici que des thèmes génériques sans véritable identité. Autant dire que ça n’aide vraiment pas à donner du relief à un gameplay qui en avait pourtant tellement besoin.

En revanche, le studio nous propose une copie stable qui tourne sans accroc sur Nintendo Switch 2. Pendant toute notre run, nous n’avons rencontré aucun bug. L’ensemble est fluide et tourne aussi bien en mode nomade qu’en jouant en docké sur un téléviseur. Même si le gameplay n’est pas hyper vif, on échappe heureusement à la frustration de ralentissements qui l’auraient rendu plus laborieux encore.